«—Bon garçon, colonel, mais pas gai.»
Filloteau monta.
«—Je viens pour l'inspection de votre quartier, mon cher camarade, car je vous sers d'oncle, comme on disait dans Berchiny, quand j'y étais brigadier, avant l'Egypte, ma foi, car je fus maréchal des logis à Aboukir, sous Murat, et sous-lieutenant quinze jours après.»
Au mot d'oncle, Lucien avait tressailli; il se remit bientôt.
«—Eh bien, mon cher oncle, reprit-il avec gaîté, trop honoré du titre. J'ai ici en visite trois respectables parentes que je veux avoir l'honneur de vous présenter. Ce sont ces trois caisses, la veuve kirschwasser, de la Forêt-Noire...
«—Je la retiens pour moi, dit le Filloteau avec un gros rire, et, s'approchant de la caisse ouverte, il y prit un cruchon.
«—Je n'ai pas eu de peine à amener le prétexte, pensa Lucien. Mais, colonel, cette respectable parente a juré de ne se séparer jamais de sa sœur, Mlle Cognac, de 1810, entendez-vous?
«—Parbleu, vous êtes un bon garçon, s'écria Filloteau, comme attendri, et je dois remercier mon ami Déverloy de m'avoir fait faire votre connaissance.
Mais parlons d'affaires; je suis venu ici pour ça, ajouta-t-il avec une sorte de mystère et en se jetant pesamment sur un canapé qui gémit. Vous faites de la dépense. Trois chevaux en trois jours! Je ne critique pas cela. Bien, très bien. Mais que vont dire ceux de vos camarades qui n'en ont qu'un, de cheval, et encore celui-là sur trois jambes!
Savez-vous ce qu'ils diront?