«—Eh bien, le colonel avalait tout ça comme de l'eau, disait Filloteau qui racontait l'aventure à Lucien.
N'a-t-il pas voulu nous persuader, en sortant de chez cette Mme d'Hocquincourt, qui n'a pas cessé de rire en nous regardant, qu'au fond nous avions été reçus avec bonté et gaîté, sans façons, comme des amis.
Morbleu! Dans le bon temps, quand nous traversions la France, de Mayence à Bayonne, pour entrer en Espagne, comme nous eussions fait voler les vitres d'une pisseuse comme celle-là!
Une damnée vieille, la comtesse de Marcilly, je crois, nous a offert à boire du vin, comme on le ferait à des charretiers.»
Lucien apprit bien d'autres détails quand il put sortir.
M. Bonnard l'avait présenté dans cinq ou six maisons de la bonne bourgeoisie. Il y trouva la même affectation que chez Mlle Berchu et les mêmes prétentions à la bonhomie.
Il s'aperçut, à son grand chagrin, que les maris bourgeois font réciproquement la police sur leurs femmes, et sans doute, sans en être convenus, uniquement par envie et méchanceté.
Deux ou trois de leurs dames, pour employer leur langage, avaient de fort beaux yeux, et ces yeux avaient daigné parler à Lucien.
Mais comment arriver à leur parler en tête-à-tête?
Le récit et la colère du bon Filloteau, la déconvenue des officiers supérieurs, avaient réveillé chez lui l'esprit de contradiction.