«—Mon cher, lui dit l'un d'eux, vous nous ennuyez toujours de la même chanson. Que diable cela nous fait-il, à nous, que vous ayez été à l'École polytechnique, qu'on vous ait calomnié, qu'on vous ait chassé, etc...

«—Je suis déterminé à ne pas me laisser accuser de républicanisme. Je désire marquer ma déclaration par un coup d'épée, et je vous serais fort obligé, monsieur, si vous vouliez bien en donner un à un ennuyeux.»

Ce mot sembla rendre la vie à tous ces pauvres jeunes gens. Lucien vit bientôt vingt officiers autour de lui.

Ce duel fut une bonne fortune pour tout le régiment; il eut lieu le soir même dans un coin de rempart bien triste et bien sale.

On se battit à l'épée, et les deux adversaires furent blessés, mais sans que l'État fût menacé de perdre aucun des deux.

Lucien avait un grand coup d'épée dans le haut du bras droit.

* * *

Le chirurgien-major du régiment, le chevalier Billars, comme il se faisait appeler, sorte de charlatan assez bon homme, natif des Hautes-Alpes, passait chez Lucien des journées entières.

«La bibliothèque du sous-lieutenant, comme disait le chevalier, se trouvant fournie des meilleures éditions, telles que cognac de 1810, kirschwasser de dix ans, vin du Rhin de trente ans, etc.»

Lucien apprit par ce chirurgien qu'il y avait à Nancy un médecin célèbre par son talent, et fort bien venu de tout le monde, à cause de son éloquence et de son ostracisme.