Lorsque le directeur du télégraphe fut sorti, Lucien regarda autour de lui et, après une seconde, éclata de rire. Il se trouvait seul, à la table du préfet: il y avait là son mouchoir, sa tabatière ouverte, ses papiers étalés.
Il alla ouvrir la porte, appela un huissier qu'il fit rentrer, et se mit à écrire sur la table du préfet, mais du côté opposé à la cheminée, pour s'ôter autant que possible l'apparence de lire les papiers épars sur la table. Il écrivit à M. de Séranville:
«Si vous m'en croyez, monsieur, jusqu'au lendemain des élections, nous regarderons ce qui s'est passé depuis une heure comme non avenu. Pour ma part, je ne ferai confidence de cette scène, désagréable à personne de la ville. Dans deux heures, à sept heures du soir, j'envoie un courrier à S. E. M. le ministre de l'Intérieur. J'ai l'honneur de vous demander un passeport que je vous supplie de me faire parvenir avant six heures et demie. Il serait convenable d'y apposer les signes nécessaires pour que le commis ne soit pas retardé aux portes de Caen. Mon courrier, en sortant de chez moi, passera à la préfecture pour prendre vos lettres en galopant vers Paris.
«Je suis, monsieur..., etc.
L. Leuwen.»
Il appela l'huissier qui, debout près de la porte, était pâle comme un mort, et il cacheta la lettre.
«—Remettez cela à M. le préfet.
«—Est-ce que M. de Séranville est encore préfet? demanda l'huissier.
«—Remettez ces lettres à M. le préfet; et Lucien quitta la préfecture avec beaucoup de froideur et de dignité.
«—Ma foi, vous avez agi comme un enfant, dit Coffe, quand Leuwen lui raconta la menace de faire arrêter M. de Séranville.