«—Je demanderai un ordre par le télégraphe et je persuaderai M. de Séranville, et si je n'obtiens ni l'un ni l'autre, je pars pour Paris.»

Pour la seconde fois, il se fit répéter tous les détails. En dix heures de temps, il avait vu passer devant lui deux ou trois cents noms propres, il avait assuré de son mépris un homme qu'il n'avait jamais vu, et il faisait maintenant son contident intime d'un autre homme inconnu la veille.

Le président Donis se fit annoncer. C'était un monsieur maigre, avec une tête à traits carrés, de beaux yeux noirs et des cheveux blancs assez rares, et d'énormes boucles d'or à ses souliers. Il n'eût pas été mal, mais il souriait constamment, et avec un air qui jouait la franchise. C'est la plus impatientante des espèces de fausseté.

«—Monsieur le président, dit Lucien, je désire d'abord vous donner connaissance de mes instructions.»

Il lui parla ensuite de sa façon d'être avec M. le comte de Vaize, des millions de son père, et puis, d'après les conseils du général, le laissa causer seul pendant trois grands quarts d'heure.

Lorsque le président fut tout fait las et qu'il insinua de cinq ou six façons différentes ses droits évidents à la croix, Lucien prit la parole à son tour.

«—Le ministre sait tout. Vos droits sont connus. J'ai besoin que vous me présentiez demain à monsieur votre oncle Donis Disjonval, lequel, lui-même, me procurera une entrevue avec M. de Cerna.»

À cette étrange proposition, le président pâlit.

«—Du reste, ajouta Lucien, j'ai l'ordre d'indemniser largement les amis du gouvernement des frais que je puis leur occasionner. Mais le temps presse. Je donnerai cent louis pour voir M. de Cerna le plus tôt.

«—En prodiguant l'argent, pensait Leuwen, je donnerai une haute idée à cet homme du degré de confiance que S. Exe. M. le ministre daigne m'accorder.»