«—Si je n'ai pas aujourd'hui et de bonne heure le crédit de cent mille francs sur le receveur, j'aurai eu du moins l'honneur de vous être présenté, et j'aurai eu aussi avec le respectable M. de Cerna une conférence qui a fait sur mon cœur une profonde impression, ayant appris à redoubler l'estime que j'avais déjà pour des hommes qui voient le bonheur de notre chère patrie dans une autre roule que celle que je crois la plus sûre...»

Nous faisons grâce au lecteur des phrases polies qu'inspirait à Lucien le désir de voir ces messieurs prendre patience jusqu'à l'arrivée de la dépêche.

À neuf heures, il rentra à son auberge où Coffe avait préparé deux immenses lettres de narrations et d'explications.

«—Quel drôle de style! fit Lucien en les signant.

«—Emphatique et plat, et surtout jamais simple; c'est ce qu'il faut pour les bureaux.»

Le courrier fut renvoyé à Paris.

Le général Fari avait fait louer, depuis un mois, par son petit aide de camp Milière, un appartement au premier étage en face de la salle des Ursulines où se faisaient les élections. Il s'établit là dès dix heures du matin avec Lucien et Coffe. Ces messieurs avaient de quart d'heure en quart d'heure, des nouvelles par des affidés du général. Les affidés de la préfecture, ayant appris l'arrivée et l'incident du courrier de la veille, et voyant dans Lucien le préfet futur si M. de Séranville manquait l'élection, faisaient, à tout moment, passer à Lucien des cartes avec des avis au crayon rouge. Les pointages se trouvèrent fort justes.

Un petit imprimé avait été distribué avec profusion aux électeurs:

Honnêtes gens de tous les partis, qui aimez le pays dans lequel vous êtes nés!

Éloignez M. le préfet de Séranville!