Si M. Mairobert est élu député, M. le préfet sera destitué ou nommé ailleurs. Qu'importe après tout le député nommé! Chassons un préfet tracassier et menteur.
À qui n'a-t-il pas manqué de parole?
Vers midi, l'élection du président prenait la plus mauvaise tournure. Tous les électeurs du canton de Risset votaient en faveur de M. Mairobert. Tous les quarts d'heure Lucien envoyait Coffe regarder le télégraphe; il grillait de voir arriver la réponse à sa dépêche numéro 2.
«—Le préfet est bien capable de faire retarder cette dépêche, disait le général. Il serait bien digne de lui d'avoir envoyé un de ses commis à la station voisine du télégraphe, qui est à quatre lieues d'ici, de l'autre côté de la colline, pour tout arrêter. C'est par des traits de cette espèce qu'il croit être un nouveau Mazarin. Car il connaît son histoire de France, notre bon préfet.»
Le lieutenant Milière offrit de monter à cheval et d'aller en un temps de galop, sur la colline, observer les mouvements de la deuxième station du télégraphe. Mais Coffe lui demanda son cheval et courut à sa place.
Il y avait mille personnes au moins devant la salle des Ursulines. Lucien descendit sur la place pour juger de l'esprit général des conversations; il fut reconnu. Le peuple, lorsqu'il se voit en masse, est insolent. Des cris partaient de la foule:
«—Regardez donc ce petit commissaire de police, ce freluquet envoyé de Paris pour espionner le préfet.»
Il n'y fut presque pas sensible.
Deux heures sonnaient; le télégramme ne venait pas.
Lucien séchait d'impatience. Il alla voir M. Disjonval qui le reçut d'un air piqué.