«—Nous sommes plutôt une réunion d'amis qu'une société de politiciens... Votez avec nous, secondez-nous pendant cette session, et si cette fantaisie, qui nous honore, vous dure encore l'année prochaine, ces messieurs, accoutumés à vous voir partager nos opinions, toutes de conscience, iront eux-mêmes vous engager à venir à nos dîners de bons garçons...

«—Il faut déjà le comble de l'abnégation et de l'adresse pour mener ces vingt-neuf oisons. One serait-ce s'ils étaient quarante ou cinquante, et encore avec quelques gens d'esprit, dont chacun voudrait être mon lieutenant et bientôt évincerait le capitaine.»

Quelques jours après, le télégraphe apporta d'Espagne une nouvelle qui probablement devait faire baisser les fonds. Le ministre hésita beaucoup à donner l'avis ordinaire à son banquier.

«—Ce serait pour lui un nouveau triomphe, pensait M. de Vaize, que de me voir piqué au point de négliger mes affaires. Mais halte-là!»

Il fit appeler Lucien et, sans presque le regarder en face, lui donna l'avis à transmettre à son père. L'affaire se fit comme à l'ordinaire et M. Leuwen en profita pour envoyer à M. de Vaize, le surlendemain du rachat des rentes, le bordereau de cette dernière opération et le restant des bénéfices de trois ou quatre opérations précédentes. De telle sorte qu'à quelques centaines de francs près, la maison Leuwen ne devait rien à M. le comte de Vaize.

Coffe était en grande faveur auprès de M. Leuwen, faveur basée sur cette grande qualité, disait l'illustre député: il n'est pas Gascon. Il l'employait à faire des recherches, et comme M. de Vaize le sut, il raya Coffe sur la liste des gratifications où Lucien l'avait inscrit pour 2.500 fr.

«—Voilà qui est de bien mauvais goût, dit en riant M. Leuwen, et il donna 4.000 francs à l'ami de Lucien.

À sa seconde sortie, M. Leuwen alla voir le ministre des Finances, qu'il connaissait de longue main.

«—Eh bien, parlerez-vous aussi contre moi? lui dit celui-ci gaiement.

«—Certainement, à moins que vous ne répariez la sottise de votre collègue le comte de Vaize.» Et il raconta l'histoire de Coffe.