Le ministre, homme d'esprit, ne fit aucune question sur le protégé du député.

«—On dit que le comte de Vaize a employé M. votre fils dans nos élections, et que ce fut M. votre fils qui fut attaqué à Blois dans une émeute.

«—Il a eu cet honneur-là.

«—Et je n'ai point vu son nom sur la liste de gratifications apportée au conseil?

«—Mon fils avait effacé son nom et porté celui de M. Coffe. Mais ce bon M. Coffe n'est pas heureux avec le comte de Vaize.

«—Ce pauvre de Vaize a du talent, et parle bien à la Chambre, mais il manque tout à fait de tact. Voilà une belle économie qu'il a faite là, aux dépens de M. Coffe.»

Huit jours après cet entretien, Coffe était nommé sous-chef aux Finances, avec six mille d'appointements, et la condition expresse de ne jamais paraître au ministère.

«—Êtes-vous content, dit le ministre à M. Leuwen, dans les couloirs de la Chambre.

«—Oui, de vous!»

Quinze jours après, dans une discussion où le ministre de l'Intérieur venait d'avoir un beau succès; au moment où on allait voter, on disait de toutes parts autour de M. Leuwen: majorité de quatre-vingts voix. Il monta à la tribune et commença par parler de son âge et de sa faible voix: aussitôt régna un profond silence. Il fit un discours de dix minutes, serré, raisonné, après quoi, pendant cinq minutes, il se moqua des raisonnements du comte de Vaize.