La Chambre, si silencieuse pendant la première partie, murmura de plaisir dix ou vingt fois.

«—Aux voix! aux voix! crièrent pour interrompre M. Leuwen trois ou quatre juste-milieux imbéciles.

«—Eh bien, oui, aux voix, messieurs les interrupteurs. Je vous en défie, et pour laisser le temps de voter, je descends de la tribune. Aux voix, messieurs, cria-t-il avec sa petite voix, en passant devant les ministres.

La Chambre tout entière et même les tribunes éclatèrent de rire. En vain, le président prétendait-il qu'il était trop tard pour aller aux voix.

«—Il n'est pas cinq heures, cria M. Leuwen de sa place. D'ailleurs, si vous ne voulez pas nous laisser voter, je remonte à la tribune demain. Aux voix!»

Le président fut forcé de laisser voler, et le ministère l'emporta à la majorité de une voix.

Le soir les ministres se réunirent pour laver la tête à M. de Vaize.

Le ministre des Finances se chargea de l'exécution. Il raconta à ses collègues l'aventure de Coffe, l'émeute de Blois, etc... M. Leuwen et son fils occupèrent toute la soirée de ces graves personnages. On força le comte de Vaize de tout avouer, et l'affaire Kortis, et les élections de Caen, mal dirigées par lui.

Le ministre de la guerre alla le soir même chez le roi et fit signer deux ordonnances: la première nommant Lucien Leuwen, lieutenant d'état-major; la seconde lui accordant la croix pour blessure reçue à Blois dans une mission à lui confiée.

À onze heures, les ordonnances étaient signées; avant minuit, M. Leuwen en avait une expédition avec un mot aimable du ministre des Finances; à une heure du matin, ce ministre avait un mot de M. Leuwen qui demandait huit petites places et remerciait très froidement des grâces incroyables accordées à son fils.