Le lendemain, à la Chambre, le même ministre lui dit:

«—Mon cher ami, il ne faut pas être insatiable.

«—En ce cas, cher ami, il faut être patient! et M. Leuwen se fit inscrire pour avoir la parole le lendemain. Il invita tous ses amis à dîner pour le soir même.

«—Messieurs, dit-il en se mettant à table, voici une petite liste des places que j'ai demandées à M. le ministre des Finances, qui a cru me fermer la bouche en donnant la croix à mon fils. Mais, si avant quatre heures demain, nous n'avons pas cinq au moins de ces emplois qui nous sont dus si justement, nous réunissons nos vingt-neuf boules noires et onze autres qui me sont promises dans la salle, ce qui fait quarante voix; de plus je m'engage à secouer ce bon ministre de l'Intérieur qui, avec M. de Beauséant, s'oppose seul à nos demandes. Qu'en pensez-vous, messieurs?»

Le lendemain, à la Chambre, quelques moments avant que fût voté l'objet à l'ordre du jour, le ministre des Finances prit à part M. Leuwen et lui annonça que cinq des places demandées étaient accordées.

«—La parole de Votre Excellence est de l'or en barre pour moi: mais les cinq députés dont j'ai épousé les intérêts désireraient avoir un avis officiel. Ils seront incrédules jusque-là...

«—Leuwen, cela est trop fort!—et le ministre rougit jusqu'au blanc des yeux. De Vaize a raison...

«—Eh bien alors, la guerre!» et un quart d'heure après il montait à la tribune.

On alla aux voix et le ministère n'eut qu'une majorité de trente-sept voix qui fut jugée fort alarmante. Le soir même, le conseil des ministres, présidé par le roi, discuta longuement sur le compte de M. Leuwen.

Le comte de Beauséant proposa de lui faire peur.