«—Oui, sire.
«—Eh bien, rendez-moi ce service: parlez contre, si vous le trouvez nécessaire à votre position, mais donnez-moi vos trente-cinq voix. C'est un service personnel que j'ai tenu à vous demander moi-même.
«—Sire, je n'ai que vingt-sept voix en ce moment, en comptant la mienne.
«—Ces pauvres ministres se sont effrayés ou plutôt piqués, parce que vous aviez donné une liste de huit petites places subalternes; je n'ai pas besoin de vous dire que j'approuve d'avance cette liste. Je vous engage même à y ajouter quelque chose pour vous, ou pour le lieutenant Leuwen.
«—Sire, répondit M. Leuwen, je demande à Votre Majesté de ne rien signer, ni pour nous, ni pour mes amis, et je lui fais hommage de mes voix pour demain.
«—Parbleu, vous êtes un brave homme!» dit le roi, jouant, et pas trop mal, la franchise à la Henri IV. Il fallait beaucoup de perspicacité pour n'y être pas pris.
Sa Majesté parla encore un bon quart d'heure dans ce sens.
«—Sire, il est impossible que M. de Beauséant, ministre des Affaires étrangères, pardonne jamais à mon fils. Ce ministre a peut-être manqué un peu de fermeté personnelle envers ce jeune homme plein de feu, que Votre Majesté appelle le lieutenant Leuwen. Je demande à Votre Majesté de ne jamais croire un mot des rapports que M. de Beauséant fera faire sur mon fils par sa police, ou même par celle du bon M. de Vaize, mon ami.
«—Que vous servez avec tant de probité!» dit le roi, l'œil brillant de finesse.
Cette obéissance, si prompte et si entière, eut l'air d'étonner un peu ce grand personnage. Il vit que M. Leuwen n'avait aucune grâce à lui demander, et comme il n'était pas accoutumé à donner ou à recevoir rien pour rien, il avait calculé que les vingt-sept voix lui coûteraient dans les 27.000 francs.