Le maréchal, dans toute autre circonstance, eût pris ces mots pour une violence. Il répondit avec une grande bonne foi:

«—Voilà une difficulté! Donnez-moi le moyen de la lever.»

M. Leuwen, ne trouvant rien à répondre ou ne voulant pas répondre, se jeta sur la reconnaissance, sur l'amitié, sur la sympathie que lui inspirait cette démarche.

Et ces deux plus grands trompeurs de Paris étaient sincères. Telle fut aussi la réflexion de Mme Leuwen, lorsque son mari lui rapporta l'entretien.

Au second bal, tous les ministres furent obligés de paraître. La pauvre petite Mme de Vaize pleurait presque, en disant à Lucien:

«—Aux bals de la saison prochaine, c'est vous qui serez ministres, et c'est moi qui viendrai chez vous.

«—Je ne vous serai pas plus dévoué alors qu'aujourd'hui; cela est impossible. Mais qui serait ministre dans cette maison? Ce n'est pas moi, et ce serait encore moins mon père.

«—Vous n'en clés que plus méchants. Vous nous renversez et ne savez qui mettre à la place. Et tout cela parce que M. de Vaize ne vous a pas assez fait la cour lorsque vous êtes revenu de cette mission...

«—Je suis désolé de votre chagrin. Que ne puis-je vous consoler en vous donnant mon cœur... Mais vous savez bien qu'il est vôtre depuis longtemps.»

Tout cela fut dit avec assez de sérieux pour ne pas avoir l'air d'une impertinence.