L'aventure parut fort louche aux domestiques, surpris de l'air ému de leur maîtresse. Ces gens-là sont fins à Paris, et ils devinèrent bien que cet air n'était pas celui de la douleur physique pure.
Lucien se referma de nouveau à clef dans son bureau. Il se promenait à grands pas dans la diagonale de cette petite pièce.
«—Scène désagréable, se dit-il. Est-ce une comédie? A-t-elle chargé l'expression de ce qu'elle sentait? L'évanouissement était réel... autant que je puis m'y connaître. C'est là un triomphe de vanité et ça ne me fait aucun plaisir...»
Il voulut reprendre un rapport commencé, et il s'aperçut qu'il écrivait des niaiseries. Il alla chez lui, monta à cheval, passa le pont de Grenelle et se trouva bientôt dans le bois de Meudon. Là, il mit son cheval au pas el se mit à réfléchir. Ce qui surnagea à tout, ce fut le remords d'avoir été attendri au moment où Mme Grandet avait écarté le mouchoir qui lui cachait la figure, et celui, plus fort, d'avoir été ému au moment où il l'avail prise dans ses bras pour la déposer dans le fauteuil.
«—Ah! si je suis infidèle à Mme de Chasteller, elle aura une raison de l'être à son tour!
«—Mais il me semble qu'elle ne commence pas mal, lui dit le parti contraire. Peste, un accouchement! Excusez du peu.
«—Puisque personne au monde ne voit ce ridicule, répondit Lucien, il n'existe pas. Pour exister, le ridicule doit être vu.»
En rentrant à Paris, il passa au ministère, il se fit annoncer chez M. de Vaize, et lui demanda un congé d'un mois.
Ce ministre qui, depuis trois semaines, ne l'était plus qu'à demi, et vantait les douceurs du repos,—otium cum dignitate, répétait-il souvent—fut étonné et enchanté de voir fuir l'aide de camp du général ennemi.
«—Qu'est-ce que cela peut vouloir dire?» se demandait-il.