Il avait résisté héroïquement à l'idée de passer une dernière fois à Nancy.
Il s'arrêta deux jours, avec délices, sur le lac de Genève, et visita les lieux divers que la Nouvelle Héloïse a rendus célèbres; chez un paysan de Clarens, il trouva un lit brodé dans lequel avait couché Mme de Warens.
À la sécheresse d'âme qui le gênait à Paris—pays si peu fait pour y recevoir des compliments de condoléance—avait succédé une mélancolie tendre: il s'éloignait de Nancy peut-être pour toujours.
Cette tristesse ouvrit son âme au sentiment des arts. Il vit avec beaucoup plus de plaisir qu'il n'appartient à un ignorant de le faire, Bologne, Milan. La Chartreuse de Pavie, Florence, le jetèrent dans un état d'attendrissement et de sensibilité qui lui eût causé bien des remords trois ans auparavant.
Enfin, en arrivant à son poste, il eut besoin de se sermonner pour prendre envers les gens qu'il allait fréquenter le degré de sécheresse convenable.
[1]Les quelques feuillets, racontant le nouveau séjour de Lucien à Nancy, sont absolument illisibles dans le texte original. On devine avec quelle joie nous eussions voulu pouvoir restituer ce passage, un des plus intéressants, sinon le plus intéressant du livre. Malheureusement il y avait impossibilité matérielle. À mentionner ces mots jetés en marge: fièvre ardente..... Scolast... (Probablement Suora Scholastica), titre d'une nouvelle inachevée.
À Civita-Vecchia, le 22 mars 1835.
ROME
Ici s'arrête Lucien Leuwen.