«Vous me voyez ici devant le bureau de ce pauvre Corbière! Qui m'eût dit, quand je le combattais à la Chambre des pairs et qu'il me répondait avec sa petite voix de chat qu'on écorche, que je m'assoierais dans son fauteuil un jour? C'était une tête étroite, sa vue était courte, mais il ne manquait pas de sens dans les choses qu'il apercevait. Il avait de la sagacité, mais c'était bien l'antipode de l'éloquence, outre que sa mine de chat fâché donnait aux plus indifférents l'envie de le contredire. M. de Villèle eût mieux fait de s'adjoindre un homme éloquent, Martignac, par exemple...»
Ici, dissertation sur le système de M. de Villèle. Ensuite M. de Vaize prouva que la justice est le premier besoin des sociétés. De là, il passa à expliquer comment la bonne foi est la hase du crédit, et dit à ces messieurs qu'un gouvernement partial et injuste se suicide de ses propres mains.
La présence de M. Leuwen père avait semblé lui en imposer d'abord, mais bientôt, enivré de ses paroles, il oublia qu'il parlait devant un homme dont Paris répétait les épigrammes. Il prit des airs imposants et finit par l'éloge de son prédécesseur, qui passait généralement pour avoir économisé 800.000 francs pendant son ministère d'une année.
«—Ceci est trop magnanime pour moi, mon cher comte,» lui dit M. Leuwen, et il s'évada.
Mais le ministre était en train de parler; il prouva à son secrétaire intime que, sans probité, l'on ne peut pas être un grand ministre.
Enfin Son Excellence installa Lucien dans un magnifique bureau, à vingt pas de son cabinet particulier.
Celui-ci fut surpris par la vue d'un jardin charmant dans lequel donnaient ses croisées; c'était un contraste piquant avec la sécheresse de toutes les sensations dont il était assailli.
Il se mit à considérer les arbres avec attendrissement.
En s'asseyant, il remarqua de la poudre sur le dossier de son fauteuil.
«—Mon prédécesseur n'avait pas de ces idées-là,» se dit-il en riant.