On partit après une grande heure de toilette; le comte de Vaize n'était point sorti. L'huissier accueillit avec empressement le nom de MM. Leuwen, et les annonça sans délai.
«—Son Excellence nous attendait, dit M. Leuwen, à son fils, en traversant trois salons où les solliciteurs étaient étagés selon leur mérite de leur rang dans le monde.
MM. Leuwen trouvèrent Son Excellence fort occupée à mettre en ordre, sur un bureau de citronnier chargé de ciselures de mauvais goût, trois ou quatre cents lettres.
«—Vous me trouvez occupé de ma circulaire, mon cher Leuwen. Il faut que je fasse une circulaire qui sera déchiquetée par le National, par la Gazette, etc..., et messieurs mes commis me font attendre depuis deux heures la collection des circulaires de mes prédécesseurs. Je suis curieux de savoir comment ils ont franchi le pas... Je suis fâché de ne l'avoir pas faite..., un homme d'esprit comme vous m'avertirait des phrases qui peuvent donner prise.»
Son Excellence continua ainsi pendant vingt minutes. Pendant ce temps, Lucien l'examinait.
M. de Vaize annonçait une cinquantaine d'années; il était grand et assez bien fait. De beaux cheveux grisonnants, des traits fort réguliers, une tête haute, prévenaient en sa faveur. Mais cette impression ne durait pas.
Au second regard, on remarquait un front bas, couvert de rides, excluant toute idée de pensée. Lucien fut étonné et fâché de trouver à ce grand administrateur l'air plus que commun, l'air valet de chambre. Il avait de grands bras dont il ne savait que faire, et ce qui est pis, Lucien crut entrevoir que Son Excellence cherchait à se donner des grâces imposantes. Il parlait trop haut et s'écoutait parler.
M. Leuwen père, presque en interrompant l'éloquence du ministre, trouva le moment de dire les paroles sacramentales:
«—J'ai l'honneur de présenter mon fils à Votre Excellence.
«—J'en veux faire un ami; il sera mon premier aide de camp. Nous aurons bien de la besogne... mon prédécesseur a tout laissé dans un désordre complet. Les commis qu'il a fourrés ici, au lieu de me répondre par des faits et des notions exactes, me font des phrases.