M. Leuwen regardait son fils pour voir si cette phrase passerait. Lucien ne fit, pas attention au ridicule des mots.

«—Comme il est encore loin d'écouter son interlocuteur et de savoir profiter de ses fautes!» pensa M. Leuwen.

«—C'est un artiste, mon fils. Son art exige un habit brodé et un carrosse, comme l'art d'Ingres et de Prud'hon exige un chevalet et des pinceaux. Aimerais-tu mieux un artiste parfaitement poli, gracieux, d'un ton parfait, faisant des croûtes, ou un homme au ton grossier, occupé du fond des choses et non des formes, et produisant des chefs-d'œuvre? Si, après deux ans de ministère, M. de Vaize te présente vingt départements où l'agriculture aura fait un pas, trente autres dans lesquels la moralité publique se soit augmentée, ne lui pardonneras-tu pas une réflexion négligée ou même grossière en parlant à son premier aide de camp, jeune homme qu'il aime et estime et qui d'ailleurs lui est nécessaire?»

M. Leuwen parla longtemps, sans pouvoir engager la conversation avec son fils. Il n'aima pas cet air rêveur.

«—J'ai vu trois ou quatre agents de change attendre dans le premier salon,» dit Lucien, et il se levait pour retourner à la rue de Grenelle.

«—Mon ami, lui dit son père, toi qui as de bons yeux, lis-moi un peu les Débats, la Quotidienne et le National.»

Lucien se mit à lire tout haut, et, malgré lui, ne put s'empêcher de sourire.

M. de Vaize était comme hors de lui quand Lucien rentra.

Il le trouva dans son bureau, «où il était venu plus de dix fois», lui dit le garçon de bureau, parlant à mi-voix et de l'air du plus profond respect.

«—Eh bien, monsieur? lui dit le ministre d'un air hagard.