Toutes les grâces de Mme Raymonde, qui vint le trouver dans la loge dès qu'elle le vit, ne purent en tirer un mot. L'ancien homme prenait le dessus.
«—Le matin avec des voleurs, le soir avec des catins!» se disait-il amèrement.
Le lendemain, le comte de Vaize entra en courant dans le bureau de Lucien; il ferma la porte à clef. L'expression de ses yeux était étrange.
«—Mon cher ami, courez chez M. votre père, dit-il d'une voix entrecoupée. Il faut que je lui parle, absolument. Faites tout au monde pour l'amener au ministère, puisque enfin, moi je ne puis pas me montrer dans le comptoir de MM. Leuwen et Cie.»
Lucien le regardait attentivement.
«—Il n'a pas la moindre vergogne en me parlant de son vol!»
M. Leuwen reçut en riant la communication que son fils était chargé de lui faire.
«—Ah! parce qu'il est ministre, il voudrait me faire courir! Dis-lui de ma part que je n'irai pas à son ministère, et que je le prie instamment de ne pas venir chez moi. L'affaire d'hier est terminée; j'en fais d'autres aujourd'hui.»
Comme Lucien se hâtait de partir:
«—Reste donc un peu...! Il ne faut pas gâter les grands hommes, autrement ils se négligent. Tu me dis qu'il prend un ton familier et grossier avec toi. Avec toi est de trop. Dès que cet homme ne déclame pas au milieu de son salon, domine un préfet accoutumé à parler tout seul, il est grossier avec tout le monde. C'est que toute sa vie s'est passée à réfléchir sur l'art de gouverner les hommes et les conduire au bonheur par la vertu.»