«Mais quoi qu'il en soit, on voit trop dans les façons de Lucien que la présence des hommes l'importune et l'irrite. C'est le genre de misanthropie que l'on pardonne le moins.»

Le but de M. Leuwen était de ne pas laisser un quart d'heure de solitude à son fils. Il trouvait qu'avec son heure à l'Opéra tous les soirs, le pauvre garçon n'était pas assez... bouclé.

Il le rencontra au foyer des Bouffes.

«—Voulez-vous que je vous mène chez Mme Grandet? Elle est éblouissante ce soir; c'est sans contredit la plus jolie femme de la salle. Et je ne veux pas vous vendre chat en poche. Je vous mène d'abord chez Dufresnoy dont la loge est à côté de celle de Mme Grandet.

«—Je serais si heureux, mon père, de n'adresser la parole qu'à vous ce soir.

«—Il faut que le monde connaisse votre figure du vivant de mon salon.»

Déjà plusieurs fois, M. Leuwen avait voulu le conduire dans vingt maisons du juste-milieu, fort convenables pour le chef de bureau particulier du ministre de l'Intérieur. Lucien avait toujours trouvé des prétextes pour refuser.

Il disait:

«—Je suis encore trop sot. Laissez-moi me guérir de ma distraction; je tomberais dans quelque gaucherie qui s'attacherait à mon nom et me discréditerait, me déshonorerait à jamais... C'est une grande chose que de débuter.»

Mais comme une âme au désespoir n'a de force pour rien, ce soir-là il se laissa entraîner dans la loge de M. Dufresnoy, receveur général, et ensuite, une heure plus tard, dans le salon de M. Grandet, ancien fabricant fort riche, et juste-milieu furibond. L'hôtel parut charmant à Lucien, le salon magnifique, mais M. Grandet d'un ridicule trop noir.