XXXV
A Martial Daru.
Grenoble, 1er juin.
Mon cher cousin,
Me voici à Grenoble, mais ce n’est pas par inconstance; je n’ai quitté instantanément Marseille que sur des lettres terribles de mon grand père. Le commerce humilie mon père, il ne fera rien pour un fils qui remue des barriques d’eau-de-vie, tout au monde pour un fils dont il verrait le nom dans les journaux. C’est ce qui vous a procuré tant de lettres à M. D.[177] et à vous.
Croyez-vous que M. D. veuille s’occuper de moi? Me croit-il un peu mûri depuis le temps où je donnai ma démission? s’il pense encore à moi:—deux ans d’épreuves, après quoi il jugera.
Vous savez, mon cher cousin, pour combien de millions de raisons j’aimerais mieux copier des revues dans votre bureau[178] qu’une place de six mille francs à deux cents lieues. Ne croyez pas que c’est Paris que je désire, c’est la vie de la Casa d’Adela[179], ce sont les bontés dont vous me comblez, c’est l’espoir de pouvoir acquérir quelques-unes de ces qualités qui font le bonheur et qui vous font adorer par tout ce qui vous entoure.
S’il vous faut un homme qui travaille dix heures par jour, le voici. S’il est auprès de vous, il n’a pas besoin de parler de sa constance et il demande avant tout deux ans d’épreuves.
Adieu, mon cher cousin, auriez-vous le temps de m’écrire une demi-ligne? Surtout ne vous gênez en rien; n’importunez pas M. D. Tout ce que je vous demande, c’est de dire mille choses à toute la famille, et à Mme Rebaffet en particulier, que j’ai bien des choses à lui apprendre de la part de Mme de P., mais que je ne lui écrirai que lorsque j’aurai perdu l’espoir de les lui dire.
Comment se porte Mme Adèle? elle doit être bien affligée du chagrin de son amie[180].
XXXVI
Mélanie Guilbert à Henri Beyle.
Paris, 2 juin 1806.