Je ne t’écris qu’un mot, ma bonne minette, car je suis dans mes jours de mélancolies et même plus que cela mais je veux pourtant te dire combien je suis contente de te voir rapproché de moi et surtout quel plaisir me fait l’espérance de te revoir. Je compte que tu passeras un mois chez ton père et qu’ensuite tu reviendras à Paris. Oh! mon ami, j’ai bien besoin que tu m’aimes!
Et ta sœur comment se porte-t-elle! Pourquoi ne t’écrivait-elle pas? Il est tout simple qu’elle ne m’ait pas répondu, mais à toi! qui pouvait l’en empêcher? Est-ce qu’elle était malheureuse? Parle moi d’elle avec beaucoup de détails.
Adieu, mon bon ami, je ne sais pas ce que j’ai: je ne peux t’écrire.
Réponds à mes trois dernières lettres, je t’en prie. J’ai besoin que tu me tranquillises: mes pressentiments me disent depuis longtemps que je ne serai jamais heureuse et si tu ne m’aimes pas bien ils ne seront que trop justifiés. Adieu[181].
XXXVII
Mélanie Guilbert a Henri Beyle.
Paris, 10 juin 1806.
Depuis six semaines, tu me répondras, dis-tu, demain quand tu n’auras pas une heure, un moment d’ennui qui te trouble l’esprit. Bien, mon ami, il ne faut pas te presser. J’estimerais cependant davantage une marche franche à ces petits détours qui peuvent éluder ta réponse tant qu’il te plaira, mais non pas m’en imposer longtemps.
Je t’ai demandé: 1º Si, dans le cas où je pourrais suppléer par mes faibles talents à ce que te donnent tes parents, si, dis-je, tu me portais assez d’attachement pour sacrifier tes espérances de fortune dans le cas où il faudrait choisir entre ce sacrifice et celui de ma personne.
2º D’examiner lequel de nous a le sort le plus stable afin que l’autre s’y abandonnât entièrement et que nous ne fussions plus forcés de nous séparer.
3º Si tu es assez faible ou si tu m’aimes assez peu pour me sacrifier à la volonté de tes parents, ou bien à tes projets d’ambition.