Je suis bien fâché de la paresse de Crozet. Ça vous aurait fait une maison charmante; sa femme est pleine d’esprit naturel; vous y auriez présenté deux ou trois hommes de sens; c’était un excellent endroit pour être les pieds sur les chenets. Grondez-le ferme afin qu’en dépit de la grande maxime, il se repente.

Adieu, parlez de moi à Mme Chanson et à Maisonnette. Je parle de vous à Hélie, qui est tout à fait supérieur[269].

LXI
Au même.

Milan, le 12 septembre 1818.

Enfin, vous voilà en pied, mon cher ami, et distribuant des passeports aux voyageurs ébahis, qui viennent d’être renvoyés de commis en commis, pendant vingt minutes, et avec sept mille francs encore[270]. Je vous assure que cet heureux événement m’a donné une joie sincère. Est-il vrai qu’il date du 1er janvier dernier? C’est le cas de dire: chi la dura la vince. Rien de nouveau. Un ballet d’Otello archi-sublime; trois opéras de suite archi-plats. Le dernier de Solliva est le plus mauvais de tous. Nous allons en avoir un de Winter et un de Morlachi.

Ici, les Romantiques se battent ferme contre les Classiques; vous sentez bien que je suis du parti de l’Edinburgh Review. A propos, remettez à M. Joubert le nº 56, il me l’enverra par la poste. Ne pourriez-vous pas risquer la même voie pour les autres livres?

J’ai vu avec plaisir cet homme d’esprit, M. Courvoisier, recevoir le prix de son zèle désintéressé. Lyon en 1817, fait grand bruit hors la France.

Nous aurons ici Marie Stuart, ballet de Vigano. Comment s’en va votre Opera buffa? Dites à vos plats journalistes de vanter un peu les ballets de Vigano et les décorations de Milan. Nous en avons eu cent-vingt-deux de nouvelles en 1817; chacune coûte vingt-quatre sequins.

Vous n’avez pas le temps de lire; mais le samedi, chez Maisonnette, vous devez apprendre des nouvelles littéraires. Je pense qu’il peut bien paraître à Paris, six volumes par an, dignes de vous. Faites-moi connaître ce qui vous semble bon.

Voyez-vous quelquefois M. Masson et M. Busche[271]?