Civita-Vecchia, le 15 mai 1831.

Malgré l’imprudence, je vous dirai une bouffonnerie déjà ancienne, mais vérissime. Contez-là à Di Fiore.

Il y avait disette abominable dans tout l’Etat. Arrivent à Civita-Vecchia, quatre vaisseaux chargés de blés d’Odessa. Au lieu de les envoyer faire quarantaine à Gênes, le gouverneur les fait mettre à la Rota (on jette une ancre; le vaisseau s’y attache avec une corde et tourne, selon le vent, rota, autour de l’ancre). Le gouverneur écrit au ministre ces précieuses paroles:

«Les quatre bâtiments chargés de blé sont arrivés. Ils ont passé à Constantinople; leur patente est donc des plus sporche (douteuses). Mais vu la disette, je les ai mis à la Rota, et je prends la hardiesse d’envoyer un courrier à V. E., pour lui demander des ordres.»

Réponse: «J’ai reçu votre courrier, etc., etc. Puisque les quatre vaisseaux sont à la Rota, nous attendrons la décision de ce très saint tribunal[355]

N’est-ce pas Arlequin ministre[356]?

XCI
Au même.

Rome, le 30 juin 1831.

L’opium a suspendu les douleurs plutôt qu’il ne m’a guéri; je suis très faible. J’ai passé plusieurs fois six jours avec un verre de limonade. J’ai eu une inflammation d’estomac me donnant horreur pour toute espèce d’aliments ou de boissons. Je n’ai pas de grandes douleurs depuis le 15 juin.—Dissolution complété et sans remède chez vos amis. Si j’avais un secrétaire, je vous en dirais long. Le malade ne peut vivre. Mille tendresses à nos amis. Qu’ils me voient faible et non froid.

Baron Relguir[357].