ERRICO BEYLE
MILANESE
Visse, scrisse, amo
Quest’ anima
Adorava
Cimaroza, Mozart è Shakespeare
M. de anni....
il ..... 18.

N’ajouter aucun signe sale, aucun ornement plat, faire graver cette inscription en caractères majuscules. Je hais Grenoble, je suis arrivé à Milan en mai 1800, j’aime cette ville. Là j’ai trouvé les plus grands plaisirs et les plus grandes peines, là surtout ce qui fait la patrie, j’ai trouvé les premiers plaisirs. Là je désire passer ma vieillesse et mourir.

Que de fois, balancé sur une barque solitaire par les ondes du lac de Côme, je me disais avec délices:

Hic captabis frigus opacum!

Si je laisse de quoi faire cette tablette, je prie qu’on la place dans le cimetière d’Andilly, près Montmorency, exposée au levant. Mais surtout je désire n’avoir pas d’autre monument, rien de parisien, rien de vaudevillique, j’abhorre ce genre. Je l’abhorrais bien plus en 1821. L’esprit français que je trouvais dans les théâtres de Paris allait presque jusqu’à me faire m’écrier tout haut: Canaille!... Canaille!... Canaille[72]! Je sortais après le premier acte. Quand la musique française était jointe à l’esprit français, l’horreur allait jusqu’à me faire faire des grimaces et me donner en spectacle. Mme de Longueville me donna un jour sa loge au théâtre Feydeau. Par bonheur, je n’y menai personne. Je m’enfuis au bout d’un quart d’heure, faisant des grimaces ridicules et faisant vœu de ne pas rentrer à Feydeau de deux ans: j’ai tenu ce serment.

Tout ce qui ressemble aux romans de Mme de Genlis, à la poésie de MM. Legouvé, Jouy, Campenon, Treneuil, m’inspirait la même horreur.

Rien de plus plat à écrire en 1832, tout le monde pense ainsi. En 1821, Lussinge se moquait de mon insupportable orgueil quand je lui montrais ma haine; il en concluait que sans doute M. de Jouy ou M. Campenon avait fait une sanglante critique de quelques-uns de mes écrits. Un critique qui s’est moqué de moi m’inspire un tout autre sentiment. Je rejuge, à chaque fois que je relis sa critique, qui a raison de lui ou de moi.

Ce fut, ce me semble, en septembre 1821, que je partis pour Londres. Je n’avais que du dégoût pour Paris. J’étais aveugle, j’aurais dû demander des conseils à madame la comtesse de Tracy. Cette femme adorable et de moi aimée comme une mère, non, mais comme une ex-jolie femme, mais sans aucune idée d’amour terrestre, avait alors soixante-trois ans. J’avais repoussé son amitié par mon peu de confiance. J’aurais dû être l’ami, non l’amant de Céline. Je ne sais si j’aurais réussi alors comme amant, mais je vois clairement aujourd’hui que j’étais sur le bord de l’intime amitié. J’aurais dû ne pas repousser le renouvellement de connaissance avec Mme la comtesse Berthois[73].

J’étais au désespoir, ou pour mieux dire profondément dégoûté de la vie de Paris, de moi surtout. Je me trouvais tous les défauts, j’aurais voulu être un autre. J’allais à Londres chercher un remède au spleen et je l’y trouvais assez. Il fallait mettre entre moi et la vue du dôme de Milan, les pièces de Shakespeare et l’acteur Kean.