La société, étant divisée par bandes comme un bambou, la grande affaire d’un homme est de monter dans la classe supérieure à la sienne, et tout l’effort de cette classe est de l’empêcher de monter.
Je n’ai trouvé ces mœurs en France qu’une fois: c’est quand les généraux de l’ancienne armée de Napoléon, qui s’étaient vendus à Louis XVIII, essayaient à force de bassesses de se faire admettre dans le salon de Mme de Talaru et autres du faubourg Saint-Germain. Les humiliations que ces êtres vils empochaient chaque jour rempliraient cinquante pages.
Le pauvre Amédée de Pastoret, s’il écrivait jamais ses souvenirs, en aurait de belles à raconter.
Hé bien! je ne crois pas que les jeunes gens qui firent leur droit en 1832 aient eu, eux, à supporter de telles humiliations. Ils feront une bassesse, une scélératesse, si l’on veut, commise en un jour, mais se faire assassiner ainsi, à coups d’épingles, par le mépris, c’est ce qui est hors nature pour qui n’est pas né dans les salons de 1780, ressuscités de 1804 à 1830.
Cette bassesse, qui supporte tout de la femme d’un cordon bleu (Mme de Talaru), ne paraîtra plus que parmi les jeunes gens nés à Paris. Et Louis-Philippe prend trop peu de consistance pour que de tels salons se reforment de longtemps à Paris.
Probablement le Reform-Bill va faire cesser, en Angleterre, la fabrique de gens tels que M. B.., qui ne me pardonna jamais de n’avoir pas donné plus d’ampleur à mon voyage. Je ne me doutais pas, en 1821, d’une abjection que j’ai comprise à mon voyage de 1826,—les dîners et les bals de l’aristocratie coûtent un argent fou et le plus mal dépensé du monde.
J’eus une obligation à M. B..., il m’apprit à revenir de Richmond à Londres par eau, c’est un voyage délicieux.
Enfin, le....[76] 1821, on afficha Othello par Kean. Je faillis être écrasé avant d’atteindre mon billet de parterre. Les moments d’attente de la queue me rappelèrent vivement les beaux jours de ma jeunesse quand nous nous faisions écraser en 1800 pour voir la première de Pinto (germinal an VIII).
Le malheureux qui veut un billet à Covent-Garden est engagé dans des passages tortueux, larges de trois pieds, et garnis de planches que le frottement des habits des patients a rendues parfaitement lisses.
La tête remplie d’idées littéraires, ce n’est qu’engagé dans ces affreux passages et quand la colère m’eût donné une force supérieure à celle de mes voisins que je me dis: Tout plaisir est impossible ce soir pour moi. Quelle sottise de ne pas acheter d’avance un billet de loge!