Un jour que je parlais de travail anglais, le petit fat qui nous servait de valet de place prétendit son honneur national offensé.
—Vous avez raison, lui dis-je, mais nous sommes malheureux: nous n’avons plus de connaissances agréables.
—Monsieur, je ferai votre affaire. Je ferai le marché moi-même...[77]. Ne vous adressez pas à d’autres, on vous rançonnerait, etc.
Mes amis riaient. Ainsi, pour me moquer de l’honneur du fat, je me trouvais engagé dans une partie de filles. Rien de plus maussade et repoussant que les détails du marché que notre homme nous fit essuyer le lendemain en nous montrant Londres.
D’abord, nos jeunes filles habitaient un quartier perdu—Westminster Road,—admirablement disposé pour que quatre matelots souteneurs puissent rosser des Français. Quand nous en parlâmes à un ami anglais:
—Gardez-vous bien de ce guet-apens! nous dit-il.
Le fat ajoutait qu’il avait longuement marchandé pour nous faire donner du thé le matin en nous levant. Les filles ne voulaient pas accorder leurs bonnes grâces et leur thé pour vingt et un shillings; mais enfin elles avaient consenti. Deux ou trois Anglais nous dirent:
—Jamais un Anglais ne donnerait dans un tel piège. Savez-vous qu’on vous mènera à une lieue de Londres?
Il fut bien convenu entre nous que nous n’irions pas. Le soir venu, Barot me regarda. Je le compris.
—Nous sommes forts, lui dis-je, nous avons des armes.