Quatre petites chambres de dix pieds de haut, exposées au midi et au couchant, avec très jolie vue sur Saint-Joseph, les coteaux d'Eybens, le pont de Claix et les montagnes à l'infini vers Gap.

Ces chambres étaient remplies de bas-reliefs et de médailles moulées sur l'antique ou sur du moderne passable.

Les médailles étaient, la plupart, en soufre rouge (rougi par un mélange de cinabre), ce qui est beau et sérieux; enfin, il n'y avait pas un pied carré de la surface de cet appartement qui ne donnât une idée. Il y avait aussi des tableaux. «Mais je ne suis pas assez riche, disait le Père Ducros, pour acheter ceux qui me plairaient.» Le principal tableau représentait une neige, ce n'était pas absolument mal.

Mon grand-père m'avait mené plusieurs fois dans cet appartement charmant. Dès que j'étais seul avec mon grand-père, hors de la maison, loin de la portée de mon père et de Séraphie, j'étais d'une gaieté parfaite. Je marchais fort lentement, car mon bon grand-père avait des rhumatismes, que je suppose goutteux (car moi, son véritable petit-fils et qui ai le même corps, j'ai eu la goutte en mai 1835 à Cività-Vecchia).

Le Père Ducros, qui avait de l'aisance, car il a fait son héritier M. Navizet, de Saint-Laurent, ancien entrepreneur de chamoiserie, était fort bien servi par un grand et gros valet, bonhomme qui était garçon de bibliothèque, et une excellente servante. Je donnais l'étrenne à tout cela, par avis de ma tante Elisabeth.

J'étais neuf autant que possible par le miracle de cette abominable éducation solitaire et de toute une famille s'acharnant sur un pauvre enfant pour l'endoctriner, dont le système avait été fort bien suivi parce que la douleur de la famille mettait ce système dans ses goûts.

Cette inexpérience des choses les plus simples me fit faire bien des gaucheries chez M. Daru le père, de novembre 1799 à mai 1800.

Revenons aux médailles. Le Père Ducros s'était procuré, je ne sais comment, une quantité de médailles en plâtre. Il les imbibait d'huile et sur cette huile coulait du soufre mêlé avec de l'ardoise bien sèche et pulvérisée.

Quand ce moule ôtait bien froid[18], il y mettait un peu d'huile, l'entourait d'un papier huilé, haut, de A en B, de trois lignes, le moule au fond.

Sur le moule il versait du plâtre liquide fait à l'instant, et sur-le-champ du plâtre moins fin et plus fort, de façon à donner quatre lignes d'épaisseur à la médaille en plâtre. Voilà ce que je ne parvins jamais à bien faire. Je ne gâchais pas mon plâtre assez vite, ou plutôt je le laissais s'éventer. C'est en vain que Saint-...[19], le vieux domestique, m'apportait du plâtre en poudre. Je retrouvais mon plâtre en gelée, cinq ou six heures après l'avoir placé sur le moule en soufre.