[13] ... un jour noue levâmes un champ à côté du chemin des Boiteuses.—Suit un plan explicatif.—Le chemin des Boiteuses allait depuis la porte de Bonne jusqu'au cours de Saint-André. Il est remplacé aujourd'hui par les rues Lakanal et de Turenne. Stendhal y figure, non loin de la porte de Bonne, en «T, maison de ce fou de Camille Teisseire, jacobin qui, en 1811, veut brûler Rousseau et Voltaire»; plus loin, en «A, hôtel de la Bonne Femme; elle est représentée sans tête, cela me frappait beaucoup». Cet établissement, dit de la Femme sans Tête, a subsiste longtemps rue Lakanal; il a disparu il y a une huitaine d'années, en 1905.
[14] ... parlé de la Profession de foi du vicaire savoyard ...—Ms.: «Confession.»
CHAPITRE XXVII[1]
J'avais, et j'ai encore, les goûts les plus aristocrates; je ferais tout pour le bonheur du peuple, mais j'aimerais mieux, je crois, passer quinze jours de chaque mois en prison que de vivre avec les habitants des boutiques.
Vers ce temps-là, je me liai, je ne sais comment, avec François Bigillion[2] (qui depuis s'est tué, je crois, par ennui de sa femme).
C'était un homme simple, naturel, de bonne foi, qui ne cherchait jamais à faire entendre par une réponse ambitieuse qu'il connaissait le monde, les femmes, etc. C'était là notre grande ambition et notre principale fatuité au collège. Chacun de ces marmots voulait persuader à l'autre qu'il avait eu des femmes et connaissait le monde; rien de pareil chez le bon Bigillion. Nous faisions de longues promenades ensemble, surtout vers la tour de Rabot et la Bastille. La vue magnifique dont on jouit de là, surtout vers Eybens, derrière lequel apparaissent les plus hautes Alpes, élevait notre âme. Rabot et la Bastille sont le premier une vieille tour, la seconde une maisonnette, situées à deux hauteurs bien différentes[3], sur la montagne qui enferme l'enceinte de la ville, fort ridicule en 1795, mais que l'on rend bonne en 1836[4].
Dans ces promenades nous nous faisions part, avec toute franchise, de ce qui nous semblait de cette foret terrible, sombre et délicieuse, dans laquelle nous étions sur le point d'entrer. On voit qu'il s'agit de la société et du monde.
Bigillion avait de grands avantages sur moi:
1° Il avait vécu libre depuis son enfance, fils d'un père qui ne l'aimait point trop, et savait s'amuser autrement qu'en faisant de son fils sa poupée.