Aussitôt je pensai à mes pistolets; c'est sans doute quelqu'un qui me veut arrêter. La route était couverte de passants, mais toute ma vie j'ai vu mon idée et non la réalité (comme un cheval ombrageux, me dit, dix-sept ans plus tard, M. le comte de Tracy).
Je revins fièrement au capitaine, que je trouvai obligeamment arrêté sur la grand'route.
«Que me voulez-vous, monsieur?»lui dis-je, m'attendant à faire le coup de pistolet.
Le capitaine était un grand homme blond[2], entre deux âges, maigre, et d'un aspect narquois et fripon, rien d'engageant, au contraire. Il m'expliqua qu'en passant à la porte, M ...[3] lui avait dit:
«Il y a là un jeune homme qui s'en va à l'armée, sur ce cheval, qui monte pour la première fois à cheval et qui n'a jamais vu l'armée. Ayez la charité de le prendre avec vous pour les premières journées.»
M'attendant toujours à me fâcher et pensant à mes pistolets, je considérais le sabre droit et immensément long du capitaine Burelviller qui, ce me semble, appartenait à l'arme de la grosse cavalerie: habit bleu, boutons et épaulettes d'argent.
Je crois que, pour comble de ridicule, j'avais un sabre; même, en y pensant, j'en suis sûr.
Autant que je puis en juger, je plus à ce M. Burelviller, qui avait l'air d'un grand sacripant, qui peut-être avait été chassé d'un régiment et cherchait à se raccrocher à un autre. Mais tout cela est conjecture, comme la physionomie des personnages que j'ai connus à Grenoble avant 1800. Comment aurais-je pu juger?
M. Burelviller répondait à mes questions et m'apprenait à monter à cheval. Nous faisions l'étape ensemble, allions prendre ensemble notre billet de logement, et cela dura jusqu'à la Casa d'Adda, Porta Nova, à Milan (à gauche, en allant vers la porte).