Il se mit à me donner quelques principes d'estocade, dans nos haltes, le soir.
«Autrement vous vous feriez enfiler comme un ...»
J'ai oublié le terme de comparaison.
Martigny, je crois, au pied du Grand-Saint-Bernard, m'a laissé un souvenir: le beau général Marmont, en habit de conseiller d'Etat, bleu de ciel brodant sur bleu de roi, s'occupant à faire filer un parc d'artillerie. Mais comment cet uniforme est-il possible? Je l'ignore, mais je le vois encore.
Peut-être vis-je le général Marmont en uniforme de général, et plus tard lui ai-je appliqué l'uniforme de conseiller d'Etat. (Il est à Rome, ici près, mars 1836, le traître duc de Raguse, malgré le mensonge que le lieutenant-général Després m'a fait devant ma cheminée, au lieu où j'écris, il n'y a pas douze jours.)
Le général Marmont était à gauche de la route, vers les sept heures du matin, au sortir de Martigny; il pouvait être alors le 12 ou le 14 de mai 1800.
J'étais gai et actif comme un jeune poulain, je me regardais comme Calderon faisant ses campagnes en Italie, je me regardais comme un curieux détaché à l'armée pour voir, mais destiné à faire des comédies comme Molière. Si j'avais un emploi par la suite, ce serait pour vivre, n'étant pas assez riche pour courir le monde à mes frais. Je ne demandais qu'à voir de grandes choses. Ce fut donc avec plus de joie encore qu'à l'ordinaire que j'examinai Marmont, ce jeune et beau favori du Premier Consul.
Comme les Suisses, dans les maisons desquels nous avions logé à Lausanne, Villeneuve, Sion, etc., nous avaient fait un tableau infâme du Grand-Saint-Bernard, j'étais plus gai qu'à l'ordinaire, plus gai n'est pas le mot, c'est plus heureux. Mon plaisir était si vif, si intime, qu'il en était pensif.