Excepté le bonheur le plus vif et le plus fou, je n'ai réellement rien à dire d'Ivrée à Milan. La vue du paysage me ravissait. Je ne le trouvais pas la réalisation du beau, mais quand, après le Tessin, jusqu'à Milan, la fréquence des arbres et la force de la végétation, et même les tiges du maïs, ce me semble, empêchaient de voir à cent pas, à droite et à gauche, je trouvais que c'était là le beau.
Tel a été pour moi Milan, et pendant vingt ans (1800 à 1820). A peine si cette image adorée commence à se séparer du beau. Ma raison me dit: Mais le vrai beau, c'est Naples et le Pausilippe, par exemple, ce sont les environs de Dresde, les murs abattus de Leipsick, l'Elbe à Altona, le lac de Genève, etc. C'est ma raison qui dit cela, mon cœur ne sent que Milan et la campagne luxuriante qui l'environne[8].
[1] Le chapitre XLVI est le chapitre XLI du manuscrit (fol. 779 à 796). Ecrit le 15 mars, à Cività-Vecchia.—Stendhal indique au fol. 782: «Cività-Vecchia du 24 février au 19 mars.»
[2] ... le passage du Mont-Saint-Bernard (à 2.491 mètres au dessus de l'océan) ...—L'altitude exacte du col du Grand-Saint-Bernard est 2.472 mètres.
[3] Parenthèse.—A placer ailleurs en recopiant. (Note de Stendhal.)
[4] ... un homme de cinquante-trois ans!—Ms.: «52 x 2 + √9»
[5] ... croyait arrêter le général Bonaparte.—Suit un croquis du fort de Bard et du chemin suivi par Stendhal. Au-dessous est cette légende: «H, moi; B, village de Bard; C C C, canons tirant sur L L L; XX, chevaux tombés du sentier L L L, à peine tracé au bord du précipice; P, précipice à 95 ou 80 degrés, haut de 30 ou 40 pieds; P', autres précipices de 70 ou 60 degrés, et broussailles infinies. Je vois encore le bastion C C C, voilà tout ce qui me reste de ma peur. Quand j'étais en H, je ne vis ni cadavres, ni blessés, mais seulement des chevaux en X. Le mien qui sautait et dont je ne tenais la bride qu'avec deux doigts, suivant l'ordre, me gênait beaucoup.»
[6] ... peut-être Berland, Saint-Ange et Taillefer ...—Berland, près des Echelles; le plateau Saint-Ange, au-dessus de Claix; le massif de Taillefer, qui domine la vallée de la Romanche. (Voir à ce sujet les chapitres précédents.)