Avoir dans les jardins des arbres taillés l'achevait.

Toutefois, ce qui me fait plaisir à distinguer aujourd'hui (en 1836), je n'étais pas injuste pour le beau vert de ces arbres.

Je sentais, bien plus que je ne me le disais nettement: leur forme est pitoyable, mais quelle verdure délicieuse et formant masse, avec de charmants labyrinthes où l'imagination se promène! Ce dernier détail est d'aujourd'hui. Je sentais alors, sans trop distinguer les causes. La sagacité, qui n'a jamais été mon fort, me manquait tout-à-fait, j'étais comme un cheval ombrageux qui ne voit pas ce qui est, mais des obstacles ou périls imaginaires. Le bon, c'est que mon cœur se montait, et je marchais fièrement aux plus grands périls. Je suis encore ainsi aujourd'hui.

Plus je me promenais dans Paris, plus il me déplaisait. La famille Daru avait de grandes bontés pour moi, Mme Cambon me faisait compliment sur ma redingote à l'artiste, couleur olive, avec revers en velours.

«Elle vous va fort bien», me disait-elle.

Mme Cambon voulut bien me conduire au Musée avec une partie de la famille et un M. Gorse ou Gosse, gros garçon commun, qui lui faisait un peu la cour. Elle, mourait de mélancolie pour avoir perdu, un an auparavant, une fille unique de seize ans.

On quitta le Musée, on m'offrit une place dans le fiacre; je revins à pied dans la boue et, amadoué par la bonté de Mme Cambon, j'ai la riche idée d'entrer chez elle. Je la trouve en tête à tête avec M. Gorse.

Je sentis cependant toute l'étendue ou une partie de l'étendue de ma sottise.

«Mais pourquoi n'êtes-vous pas monté en voiture?»me disait Mme Cambon étonnée.