Chaque fois que j'allais pisser derrière ces tilleuls, au bout du jardin, mon âme était rafraîchie par la vue de ces amis. Je les aime encore après trente-six ans de séparation.
Chaque fois que j'allais pisser derrière ces tilleuls, au bout du jardin, mon âme était rafraîchie par la vue de ces amis. Je les aime encore après trente-six ans de séparation.
Mais ces bons amis existent-ils? On a tant bâti dans ce quartier! Peut-être le ministère où je pris la plume officielle pour la première fois est-il encore le ministère rue de l'Université, vis-à-vis la place dont j'ignore le nom?
Là, M. Daru m'établit à un bureau et me dit de copier une lettre. Je ne dirai rien de mon écriture en pieds de mouche, bien pire que la présente; mais il découvrit que j'écrivais cela par deux l: cella.
C'était donc là ce littérateur, ce brillant humaniste qui discutait le mérite de Racine et qui avait remporté tous les prix à Grenoble!!
J'admire aujourd'hui, mais aujourd'hui seulement, la bonté de toute cette famille Daru. Que faire d'un animal si orgueilleux et si ignorant?
Et le fait est pourtant que j'attaquais très bien Racine dans mes conversations avec M. Mazoyer. Nous étions là quatre commis, et les deux autres, ce me semble, m'écoutaient, quand j'escarmouchais avec M. Mazoyer.
J'avais une théorie intérieure que je voulais rédiger sous le titre de: Filosofia nova, titre moitié italien, moitié latin. J'avais une admiration vraie, sentie, passionnée pour Shakespeare, que pourtant je n'avais vu qu'à travers les phrases lourdes et emphatiques de M. Letourneur et de ses associés.
L'Arioste avait aussi beaucoup de pouvoir sur mon cœur (mais l'Arioste de M. de Tressan, père de l'aimable capitaine jouant de la clarinette, qui avait contribué à me faire apprendre à lire, extrême plat ultra et maréchal de camp vers 1820).