«Je les ai toujours tant aimés, ces gentils petits Français!
Chantent-ils, dansent-ils encore comme autrefois?
Portent-ils encore des pantalons blancs?

«Je serais heureux de les revoir! Mais j'ai peur de leur
persiflage à cause de cette maudite chanson, j'ai peur de
la raillerie et du blâme qu'ils m'infligeront.

«Alfred de Musset, ce méchant garnement, viendra
peut-être à leur tête en tambour et me tambourinera aux
oreilles toutes ses mauvaises plaisanteries!»

Telle fut la plainte du vieux fleuve, du père Rhénus.
Il ne pouvait en prendre son parti. Je lui dis mainte parole
consolante pour lui rendre le calme…

Ce vieux père Rhénus! Quand je vous disais qu'il nous aime! C'est un contemporain des Celtes et des Francs Saliens; il a vu passer le grand Biturige Ambigat, et Clovis, et Charlemagne à la barbe fleurie comme la sienne; il est même leur aîné. Mais comme il s'intéresse à leurs petits-enfants! Comme il s'attendrit à leur souvenir! Comme il prie pour leur retour! Vous voyez bien qu'il est de la famille. Allons, c'est entendu, vieux père, nous irons te consoler, te porter nous-mêmes de nos nouvelles et te tambouriner notre Wacht am Rhein!

* * * * *

Le Rheingelüst, «le désir du Rhin».

Dans les vieilles légendes, il y a des gouffres qui attirent les voyageurs. Le Rhin a ce pouvoir mystérieux. Mais il n'apparaît pas comme un gouffre de mort; c'est la vie et la richesse qu'il charrie.

Les Allemands ont subi sa fascination à laquelle ils ont donné un nom: le Rheingelüst, le désir ou la convoitise du Rhin. Nous l'avons éprouvée, nous aussi, mais quelle différence entre leur sentiment et le nôtre!

Le Rhin recèle un trésor dans ses flots. Mal gardé par les Ondines, enlevé par un monstre, puis par le vieux dieu Wotan, son or a servi à forger l'anneau du Nibelung, anneau maudit qui chasse l'amour des cœurs qui le possèdent et qui en sont possédés.