Comme le disaient les habitants de Bechtheim, la mère-patrie se montrait généreuse et libérale envers ses nouveaux enfants. Elle les délivrait des dîmes, des corvées et des autres charges féodales. Elle leur permettait, comme la monarchie l'avait fait pour l'Alsace, l'usage de leur dialecte. Elle les attirait à elle par sa bonté, par le charme irrésistible de sa brillante civilisation.
Napoléon observa la même ligne de conduite. Il trouva dans la population des bords du Rhin d'excellents soldats qui combattirent vaillamment pour la France et que sa gloire enthousiasmait. Le souvenir du grand homme entretint au foyer rhénan la flamme du patriotisme français longtemps après que le pays fut redevenu allemand, et, jusqu'à la fin du XIXe siècle, nombreux furent ceux que leur aïeul avait bercés au récit des guerres de l'Empire. Napoléon aimait ces provinces; comme un jour on lui parlait d'y interdire l'usage de l'allemand, il s'y opposa en disant: «Laissez ces braves gens parler leur langue; ils sabrent en français.»
Napoléon continua la politique de la Monarchie et de la Révolution sur la rive gauche du Rhin. Nous avons cité plus haut les paroles mémorables qu'il a dites sur la nécessité et sur le décret divin de cette frontière naturelle. Mais son ambition l'emporta trop loin. Il franchit le fleuve et voulut accaparer la rive droite: il poussa même beaucoup plus avant et alla se perdre en Russie.
S'il se fût tenu à «notre limite naturelle», l'Europe ne l'eût pas inquiété. Elle trouvait en effet fort légitime notre occupation du pays cisrhénan.
Longtemps avant ces événements, Frédéric II, roi de Prusse, avait reconnu notre droit en disant: «Il serait à désirer que le Rhin pût continuer à faire la lisière de la monarchie française.»
En 1806, à la veille d'Iéna, Frédéric-Guillaume III ne demandait qu'une chose à Napoléon; c'était de repasser le Rhin dont il ne lui contestait nullement la rive occidentale.
De même en avril 1812, avant la campagne de Russie, le czar réclamait encore que «les armées françaises évacuassent la Prusse et se retirassent derrière le Rhin.»
À la conférence de Francfort, avant la campagne de France, Metternich, au nom des alliés, offre toujours à la France ses limites naturelles et il les définit ainsi: «La France sera renfermée entre le Rhin, les Alpes et les Pyrénées.»
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La France rhénane redevient allemande.