Les sentiments exprimés dans ces requêtes sont ardemment patriotiques. Les signataires font valoir les droits historiques qui les rattachent à la France.
Ceux du canton des Deux-Ponts s'expriment ainsi:
«Issus des mêmes ancêtres, imbus des mêmes principes, parce que ce sont les principes de la raison et de la justice, nous sommes dignes d'être rangés sous les mêmes lois que les Français.»
Les habitants du canton de Bingen font allusion à la différence de caractère qui existe entre la race gauloise de la rive gauche et la race germanique de la rive droite, et cela est très important:
«Vos guerriers qui ont tant de fois combattu sur nos champs et qui, revenant de leurs champs de bataille, se sont alternativement reposés chez nous, vous diront combien ils ont appris à distinguer les habitants de la rive gauche de ceux des autres pays conquis, qu'étant à l'abri de toutes trahisons et hostilités, comme au sein de leurs propres familles, ils pouvaient se livrer au sommeil avec sécurité; que le plus pauvre d'entre nous partageait d'un grand cœur le dernier morceau de pain avec eux…»
Les gens du canton de Bechtheim écrivent:
«Déjà nous apercevons que la Mère-Patrie, loin de nous traiter en ennemis vaincus et de nous tenir plus longtemps sous le joug de la conquête, s'empresse de nous faire approcher au bonheur de ses enfants et de bannir pour jamais de notre souvenir les horreurs des pillages, des évacuations et autres suites de la guerre…»
[Note 1: Ces pétitions sont conservées aux Archives nationales où elles constituent des dossiers spéciaux de la série F. Le commandant Espérandieu en a donné de larges extraits dans son intéressante brochure: Le Rhin français (Paris, Attinger, 2, rue Antoine-Dubois: fr. 60). Nous lui empruntons les détails qui suivent.]
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La France rhénane de 1795 à 1815.