Le droit de la France était ainsi réservé. La Convention ne le perdit pas de vue. Le 24 septembre suivant, Merlin de Douai l'affirmait une fois de plus en demandant à l'Assemblée de préparer diplomatiquement l'annexion. Voici ses paroles patriotiques:
«Il n'est personne parmi nous qui ne tienne invariablement à cette grande vérité, souvent proclamée à cette tribune et toujours couverte de l'approbation la plus générale, que l'affermissement de la République et le repos de l'Europe sont essentiellement attachés au reculement de notre territoire jusqu'au Rhin; et certes, ce n'est pas pour rentrer honteusement dans nos anciennes limites que les armées républicaines vont aujourd'hui, avec tant d'audace et de bravoure, chercher et anéantir au delà de ce fleuve redoutable les derniers ennemis de notre liberté.
«Mais nous respectons les traités et, puisque, par ceux que nous avons conclus avec la Prusse et la Hesse, le règlement définitif du sort des pays qui longent la rive gauche du Rhin est renvoyé à l'époque de la pacification générale, ce n'est point par des actes de législation, c'est uniquement par des actes de diplomatie, amenés par nos victoires et nécessités par l'épuisement de nos ennemis, que nous devons nous assurer la conservation de cette barrière formidable.»
Après les succès de Bonaparte en Italie, le traité de Campo-Formio, signé le 17 octobre 1797, confirma en les amplifiant les cessions faites à la République par le traité de Bâle. Il donnait enfin à la France les fameuses «limites naturelles» qu'elle réclamait depuis tant de siècles et pour lesquelles elle venait de combattre héroïquement depuis cinq ans.
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Les pétitions de 1797.
C'est alors que les populations ripuaires songèrent à demander à la République tous les droits dont jouissaient les autres départements. Elles réclamaient leur complète incorporation à la France. Un vaste pétitionnement s'organisa, sous la direction du commissaire du gouvernement Rudler, à la fin de l'année 1797[1].
Les chefs de famille furent invités à se prononcer sur la nationalité de leur choix. Aucune pression ne fut exercée sur eux. Aucun de ceux qui refusèrent de signer ne fut inquiété. Il y en eut des milliers. Cependant l'immense majorité opta pour la France.
La pétition de Mayence porte 4.000 signatures dont chacune répond à un feu. Étant donné que la ville n'avait guère que 25.000 habitants, et en supposant, ce qui n'est pas exagéré, que le feu comptait en moyenne quatre ou cinq personnes, le père, la mère et deux ou trois enfants, il apparaît que le nombre des abstentions dut être bien faible, ou même à peu près nul.
Le canton de Worstadt donne 1.886 signatures et 354 abstentions. Celui de Niderolm, 2.157 signatures et 193 abstentions. Celui d'Amweiler, 2.171 signatures et 138 abstentions. La ville de Spire, 426 signatures et 313 abstentions, mais toutes les communes de ce canton se prononcent à l'unanimité pour la France.