Et leur Prince, sonnant les alarmes,
S’échouera dans les flaques de sang
Aux foudres du cor retentissant
Par-dessus le vacarme des armes.

Je tordrai dans mon poing les cheveux
Des folles qui pleurent sous les tentes
La déroute des hordes chantantes
Dont elles assouvissaient les voeux.

Que l’on danse d’amour devant l’Arche
Qui nous mène, au rire des clairons,
Vers la rive où, doux, nous puiserons
L’oubli de la lutte et de la marche!

Je vous livre tout l’or du Trésor,
O vous de la croisade des rêves,
Et les gemmes frivoles des grèves
D’où la tarasque prend son essor.

Car seul dans le temple du Silence
Où mourra la voix de vos adieux,
Je veux ravir, comparable aux dieux,
La Coupe, la Couronne et la Lance.

V

L’étendard que mon bras de rebelle
Déroula sur les terres du rêve
Tremble aux tours du palais de la Belle
Pour que son peuple en rie. Et le glaive

Que trempa dans le sang des chimères
Quelque héros aïeul de ma race,
S’est brisé dans mes mains éphémères
Contre l’Ange à la ronge cuirasse.

Prince de si triste renommée,
Me voici, revenu des désastres,
Sur la route où jadis mon armée
Chevauchait en chantant vers les astres.