De lointains luths scandent tes paroles
Que je ne comprends plus, ô ma soeur.
Semez, mes mains, avec douceur
Des étoiles et des corolles.
Oh! du silence pour écouter
Ce que soufflent les anges funèbres:
Drapeaux du roi dans les ténèbres,
L’heure des fous vient de tinter.
Des vols d’aigles tonnent sur ma tète
Dont s’ensanglantèrent les regards:
O mort, ouvre es yeux hagards,
Dans la tempête, à la conquête.
Mes rêves noirs ont pris leur essor
Vers une ville à la tour penchée:
Voici passer la chevauchée
Des princes sous la lune d’or.
Oh! des baisers, ma soeur, sur mes lèvres,
Et tes mains sur mes yeux, ou je meurs:
Tôt hurleront toutes les peurs
Dans le rouge palais des fièvres.
Plus de lune! mon âme s’endort,
Tant folle, à cette heure taciturne:
Un lys noir a fleuri dans l'urne,
Le roi de ce pays est mort.
XII
Les sept fontaines sont taries
Qui jaillissaient dans la grand'place
De la ville où la populace
Accourait rire aux féeries.
Sur le palais dont les cent porches
Ne s’ouvriront plus à l’attente,
Tombe la nuit épouvantante,
Lourdement, sans bruit ni torches.