LEÇON XIX.
LA MÉPRISE.
En ce tems-là: un sage fut mandé au palais d'un souverain. Il y va. Les portes des appartemens étoient ouvertes. Il entre jusqu'à ce qu'il rencontre à qui parler. Il s'arrête & converse avec deux ou trois personnages couverts d'or. Après quelques momens d'entretien, il leur dit: Le tems m'est cher, faites-moi parler à votre maître.—Le sage s'étoit mépris; au maintien & au langage du maître & de ses courtisans, il les avoit pris pour des valets.
LEÇON XX.
LE LEVER DU ROI.
En ce tems-là: un sage, sous les dehors d'un courtisan, fut admis au lever d'un roi. Quand son tour d'amuser sa majesté fut arrivé, il lui dit: Il étoit une fois un roi qui, à son avénement au trône, fit enlever de l'intérieur de son palais toutes les horloges & autres instrumens propres à marquer le tems. Il partagea sa besogne de roi en vingt-quatre parties égales; vingt-quatre ministres choisis & éprouvés venoient tour-à-tour lui annoncer l'heure de la journée, en lui proposant un nouveau travail.
Ce souverain ne dormoit donc pas, dit au conteur sa majesté écoutante?
Non, prince! ce roi ne dormoit point. Il pensoit que, pour être bon roi, il falloit avoir la faculté de ne point dormir.