WESTMINSTER.
Les rois d'Angleterre sont couronnés & inhumés à l'abbaye de Westminster. C'est une assez bonne leçon qu'on pourroit donner aux monarques, que de leur faire remarquer ce rapprochement dans lequel peut-être on n'a mis aucune intention; mais il faut profiter de tout, pour faire naître des pensées salutaires dans l'esprit aride ou récalcitrant de la plupart des rois. On pourroit donc leur dire: Princes! songez que là où vous prenez la couronne, vous devez la déposer, peut-être plus vîte que vous ne pensez. Mais n'attendez pas ce moment pour la nétoyer des souillures que vous auriez pu lui faire contracter. Sur-tout ne la teignez pas du sang de vos peuples. Tôt ou tard, vous en seriez puni; craignez que le peuple, las de souffrir un roi despote, tandis qu'il peut se passer même d'un bon roi, ne vous remene au lieu où il vous a couronné; mais s'il vous y mene une fois, songez que ce sera pour n'en jamais sortir.
LEÇON XXV.
LA STATUE D'ALEXANDRE.
En ce tems-là: quelqu'un fatigué d'une longue course dans un parc d'une vaste étendue, s'assit sur une statue renversée. Ce ne fut qu'en se levant qu'il s'apperçut qu'il s'étoit reposé sur la statue d'Alexandre. Je ne m'attendois pas, s'écria-t-il, que je devrois un moment de repos au plus grand perturbateur du genre humain.
LEÇON XXVI.
L'UTILITÉ DES STATUES D'UN TYRAN.
En ce tems-là: un mauvais roi se fit dresser une statue colossale; & ses sujets, épuisés d'impôts, murmuroient toutes les fois qu'ils passoient au pied de ce monument. Quelqu'un, voyageant vers le milieu du jour, se reposa sur les degrés du piedestal, à l'ombre de la statue, & dit assez haut pour être entendu: Béni le prince dont l'effigie seule est déjà un bienfait.—C'est un tyran, lui répondit un citadin à l'oreille, & ce bronze est composé de la dépouille du pauvre.—Le voyageur répliqua, en se levant: le méchant même a donc aussi son heure pour être bon.