Ce propos du berger, entendu par ses moutons, mît le comble à leurs mécontentemens, & les porta à la derniere extrêmité. Ils tinrent conseil. Avons-nous donc besoin d'un berger pour paître, ou pour faire des petits? Comment vivions-nous avant de sortir des bois; nous étions moins soignés mais plus vigoureux qu'aujourd'hui.

Pendant le sommeil du berger & des chiens, les moutons convinrent de prendre la fuite; & de gagner la forêt voisine, pour y vivre, comme ils vivoient dans l'âge d'or. Ce qu'ils firent.


LEÇON XCV.

LA COURONNE D'OR ET LE CHAPEAU DE PAILLE.

En ce tems-là; un roi n'avoit en ce moment-là que sa couronne d'or pour garantir sa tête des rayons brûlans du soleil d'août, à midi. Un pauvre berger n'avoit pas d'assez grands yeux pour contempler cette couronne d'or. Le roi lui dit: eh bien! changeons ensemble. Donne-moi ton chapeau de paille pour ma couronne d'or. Le berger n'hésita pas. Mais, peu de tems après, se sentant brûlé par le soleil, il dit au prince: je défais le marché, j'aime encore mieux mon chapeau de paille, qui me met à l'abri, que votre couronne d'or qui brûle au soleil, mais qui ne garantit pas de ses rayons brûlans.


LEÇON XCVI.

LE SOLEIL ET LA MONTRE.

En ce tems-là; quelle heure est-il (demanda un jour à un vieux berger un jeune roi égaré dans la campagne)? Prince! il est midi au soleil.—Pour toi, (reprit le jeune prince) mais pour moi, l'aiguille de ma montre n'est qu'à la onzième heure; iroit-elle mal? Non! (s'écria quelqu'un de la suite du monarque). Certainement, c'est le soleil qui se trompe.