AGATHE À ZOÉ.

Je ne t'ai point achevé mon récit. Saint-Almont poursuivit sa messe avec assez de courage. Vers le milieu, un de ses collègues lui adressa une espèce de sermon que je trouvai trop court, quoiqu'il dura plus de la demi-heure; ce qui me donna tout loisir d'examiner Saint-Almont, assis dans un fauteuil, au-dessus de moi, sur le bord du sanctuaire. Il parut donner toute son attention au discours, qui roulait sur les ressources de la religion. «La religion, disait l'orateur sacré, et surtout le sacerdoce, est un asile contre les passions, et un port dans le naufrage. Que de honteuses faiblesses elle a su prévenir ou réparer! De toutes les sortes de philosophie, la religion est encore la plus puissante... etc.» Saint-Almont écoutait en fermant les yeux; de fréquens soupirs sortaient péniblement de ses lèvres. De temps en temps, il portait ses deux mains à son front.

Cet infortuné paraît avoir à peine atteint l'âge requis pour la prêtrise. J'aurais bien désiré voir et connaître la femme, auteur de son désespoir; mais je parvins, après l'office, à dire quelques mots à un ami intime de Saint-Almont. J'allai à lui, dans une pièce voisine de la sacristie; il était presque aussi abattu que son ami. Il me dit: «Saint-Almont eût fait un bon citoyen; il sera bon prêtre: quelque soit son état, il en saura remplir les devoirs en honnête homme.»

Je hasardai ce peu de paroles: «Mais il semble plutôt résigné à la profession qu'il embrasse, que bien convaincu qu'elle lui convient. Le ministère auquel il se voue, est-il bien de son choix?»

Il me fut répliqué: «L'honnête homme est fidèle à ses engagemens, de quelque nature qu'il les ait pris. Je réponds de mon ami.»

La plupart des assistans comptaient bien retrouver Saint-Almont, pour le féliciter comme c'est l'usage; mais il se déroba à nos empressemens, et je me retirai, toute rêveuse, avec ma grand'maman, qui me dit en route: «Ce jeune homme m'a édifiée; qu'en penses-tu?—Beaucoup de bien. Il donne de lui l'opinion la plus avantageuse.»

Rentrée chez nous, son image me suivit dans tous les recoins de la maison. Je descendis dans notre petit jardin; je n'y vis point les fleurs naissantes que le printemps, les autres années, ne faisait point éclore en vain pour moi. L'aventure de Saint-Almont m'occupait tout entière. Je redoutai l'approche de la nuit, et ce n'était pas sans fondement. Te le dirai-je, ma bonne Zoé! je ne pus fermer l'œil. Henri IV disait: Paris vaut bien une messe. Zoé va peut-être me répondre: «Voilà bien du bruit pour une messe!»

Adieu, ma toute bonne, ne me gronde point, ou attends pour cela que j'aille te voir sous ton joli berceau de lilas. Je t'en dirai peut-être encore davantage; mais n'en sonne mot à ton mari, il se moquerait de moi, et j'aime encore mieux être grondée que raillée. Adieu.

IV.

BILLET DE ZOÉ.