Ne manque pas de venir dans trois jours; je réserve pour ce moment ma réponse à ta dernière lettre. Ne manque pas, et arrange-toi pour passer une quinzaine au sein de l'amitié.

V.

AGATHE À ZOÉ.

Pardonne-le moi, mon amie; mais je ne puis t'aller voir de sitôt. La santé de ma grand'maman est un peu altérée, et la mienne n'est pas des plus parfaites. Ainsi remettons la partie; mais je ne puis différer à t'écrire, au risque, non pas de te déplaire, mais de m'exposer à quelques petits reproches de ta part; mais je n'aime point à passer pour meilleure que je ne suis en effet. La bonne nature, en me donnant l'existence, n'a pas voulu faire de moi une prude ni une dévote, quoique depuis cette fatale grand'messe, je n'aie pas manqué d'en entendre une chaque jour.

Je te vois d'ici rire sous cape. Eh bien! me voilà! que veux-tu? Mais, écoute, il était bien naturel de désirer savoir des nouvelles de Saint-Almont depuis son nouvel état. Ma bonne maman m'avait instruite qu'il se bornait à être prêtre habitué dans la même paroisse où je l'avais vu débuter; en conséquence je dis à ma seconde mère: «Permettez-moi d'aller entendre sa seconde messe; je suis curieuse d'apprendre s'il est un peu revenu de cette révolution qu'il éprouva en montant pour la première fois à l'autel.» Ma bonne maman me répondit: «Va, mon enfant, suis ton bon naturel; tu es née sensible: quoiqu'on en dise, c'est être né heureusement.»

J'allai donc le lendemain de la première messe, en entendre une seconde. Saint-Almont me sembla remis de son émotion de la veille. Il s'acquitta avec dignité de son ministère. C'est aux Dominus vobiscum que je l'attendais pour lire sur sa physionomie. J'y remarquai une grande sensibilité, et un fond de chagrin que le temps aura, je pense, beaucoup de peine à dissiper.

Ô ma chère Zoé! il faut que je compte beaucoup sur ton indulgence pour t'ajouter ce que tu vas lire.

Croirais-tu que je désirai être homme, pour avoir le droit de servir la messe à Saint-Almont? J'enviai au jeune enfant de chœur qui l'assistait, le plaisir que je supposais à cet enfant, en versant quelques gouttes d'eau sur les doigts de Saint-Almont, en portant à ses lèvres l'extrémité de la chasuble de Saint-Almont. Qu'il est heureux, me disais-je!

Zoé! tu penses peut-être que je rougis, en te transmettant ces détails. Eh bien! non. Ce que j'éprouve est sans doute une folie d'une espèce nouvelle; mais du moins, ce n'est pas une faute. Si mon esprit est délirant, mon cœur moins calme n'en est pas moins pur, moins digne de toi.

Pour ne te rien cacher, sache que tous les jours, sans y manquer une seule fois, je vais entendre la messe de Saint-Almont, qui se dit à onze heures.