Et...

SAINT-ALMONT.

Nous cesserons tout rapport. Mon état, votre sexe.... Malheureuse femme! que la Providence veille sur vous!.... Adieu... cependant, il faut que ce soit moi qui vous conduise chez le concierge....

Ici finit mon existence; car je ne puis plus que végéter... Ô ma Zoé! quel dénoûment! tu me l'as fait prévoir dès le commencement. Achevons le sacrifice..... Il est parti, à la tête de ses élèves; et moi, je reste dans une chambre du concierge de la maison de campagne..... Reçois mes derniers adieux....... Un étouffement m'ôte toute faculté de t'en écrire davantage. Demain, dès l'aube du jour, je quitte cette maison pour aller je ne sais où; mais comme je te l'ai déjà marqué, ni toi, ni Saint-Almont, vous n'entendrez plus parler de l'infortunée Agathe.

Dans un billet que je laisse pour lui être remis, je le prie de joindre cette dernière lettre à un paquet d'autres qu'il trouvera sous enveloppe dans ma chambre du séminaire, et de remettre le tout à ton adresse, dans ton ancienne demeure, où ceux qui écrivent à ton mari peuvent déposer leurs missives. Adieu, adieu, adieu, Zoé.

N. B. Saint-Almont remit son dépôt pécuniaire et les papiers de celle qu'il avait cru l'un de ses néophytes, à l'adresse indiquée par elle. Deux mois après, Zoé de retour retrouva tout cela à son ancien logis, et pleura beaucoup son amie, qu'elle crut d'abord avoir perdue pour toujours.

L'éditeur de cette correspondance, au moment qu'il s'y attendait le moins, reçut d'autres renseignemens, qui intéresseront le lecteur curieux de savoir ce qu'est devenue enfin l'héroïne infortunée de ces Lettres.

Agathe passa une nuit affreuse dans le logis du concierge de la maison de campagne du séminaire. Elle en sortit dès l'aube du jour, pour devancer l'heure à laquelle Saint-Almont devait lui faire remettre le dépôt pécuniaire qu'il avait en garde; en sorte qu'Agathe, qui ne possédait sur elle que quelques pièces de petite monnaie, se trouvait dépourvue des moyens de troquer les habits de séminariste contre ceux de son sexe.

Ainsi donc, toujours vêtue en ecclésiastique, elle divagua dans les champs voisins, avec l'intention cependant de se rapprocher de la rivière. Elle roulait dans sa tête un projet sinistre, qu'elle comptait mettre à exécution.

Heureusement que, dans son délire, elle ne retrouva pas son chemin, et qu'elle n'osa demander sa route. Après deux ou trois heures d'une marche rapide et sans but, elle passe devant l'entrée d'une carrière abandonnée, sise sous la colline riante qui sépare les deux beaux villages d'Ivri et de Vitri-sur-Seine. Épuisée de fatigue, exténuée de besoin, elle porte ses pas dans l'intérieur sombre de cette espèce de caverne, creusée par la main des hommes, s'y enfonce, et se couche sur un lit de pierres. Un sommeil profond, ou plutôt une léthargie s'empare de ses sens, et enchaîne toutes ses facultés.