AGATHE.
J'espère que je toucherai bientôt à leur terme. À quoi bon vous en entretenir?
TIMON.
Je veux avoir un sujet de plus de haïr les hommes; j'en ai pourtant assez déjà. Mais pourquoi ce déguisement sinistre? je veux le savoir... Ah! pardon, femme infortunée, sans doute plus que coupable, je ne dois m'occuper en ce premier moment que de vos besoins; je vais d'abord satisfaire aux plus pressans. Promettez-moi de m'attendre; je vais chercher les alimens nécessaires à votre situation.
Agathe, moins forte que la nature qui lui parlait plus haut que sa malheureuse passion, consentit d'accepter de la nourriture. Aussi prompt que l'éclair, Timon sortit et revint; et tous deux prirent un léger repas servi sur un cube de pierre.
TIMON.
Vous vous obstinez à me taire vos chagrins. Me refuserez-vous d'accepter des habits de femme en place de ceux-ci? Ils conviennent si peu, même aux hommes!
AGATHE.
Je veux achever de vivre, et mourir sous ce vêtement: il m'est cher. Je n'ai pas d'ailleurs long-temps à le porter; le coup mortel a frappé mon cœur.
Timon insista tant de fois, qu'Agathe ne put s'abstenir de lui raconter ses peines secrètes qui l'affectèrent vivement.