Mais en reconnaissant une femme sous le costume ecclésiastique, Timon ne sait que penser lui-même; d'autres sentimens se mêlent à l'indignation qu'il éprouva d'abord. Le poignard lui tombe de la main; de l'autre, il lâche la soutane d'Agathe, pose à terre ses deux pistolets, et demeure lui-même interdit, en présence d'un objet si loin de sa pensée.
Agathe, retombée sur la pierre qui lui servait de couche, s'y était évanouie. Timon, revenu enfin à lui-même, va, court au logis de ses hôtes, et en rapporte une eau spiritueuse, pour administrer quelques secours à celle qu'il a tant effrayée. Enfin, quand il fut en état de lui parler avec sang-froid, et elle de l'entendre, il lui dit:
TIMON.
Fille tout au moins imprudente! que venez-vous chercher dans ces lieux si peu faits pour votre âge et votre sexe? Veniez-vous y braver un homme qui n'a que trop à se plaindre des femmes et de ceux dont vous portez l'habit? Parlez-moi sans déguisement, et rassurez-vous; vous n'avez rien à redouter de moi. Ne seriez-vous qu'une échappée de quelque bal? car, là-haut, ils dansent, ils s'amusent, ils jouent avec leurs chaînes, ces esclaves de tous les préjugés! Vous aurait-on chassée de ce bal pour avoir osé prendre l'habit de caractère du clergé, jaloux qu'il n'y ait que lui en droit de porter un masque? Répondez.
AGATHE, assez peu remise.
Hélas! Monsieur....
TIMON.
Ne m'appelez pas Monsieur. Je ne suis pas un Monsieur bien poli pour ses semblables, et bien dur pour les malheureux; j'ai peut-être contracté un caractère brusque: mais si je n'ai bientôt plus figure d'homme, j'ai conservé une âme sensible aux infortunes. En éprouveriez-vous? dites-les moi.