LE SANS-CULOTTE ROMAIN.
Non, non, non! nous ne voulons plus de prières d'un prêtre: le Dieu des sans-culottes, c'est la liberté, c'est l'égalité, c'est la fraternité! Tu ne connus et ne connaîtras jamais ces dieux-là. Va plutôt exorciser le volcan qui doit dans peu te punir et nous venger.
UN SANS-CULOTTE FRANÇAIS, après avoir fait ranger en demi-cercle tous les rois, et avant de les quitter:
Monstres couronnés! vous auriez dû, sur des échaffauds, mourir tous de mille morts: mais où se serait-il trouvé des bourreaux qui eussent consenti à souiller leurs mains dans votre sang vil et corrompu? Nous vous livrons à vos remords, ou plutôt à votre rage impuissante.
Voilà pourtant les auteurs de tous nos maux! Générations à venir, pourrez-vous le croire! Voilà ceux qui tenaient dans leurs mains, qui balançaient les destinées de l'Europe. C'est pour le service de cette poignée de lâches brigands, c'est pour le bon plaisir de ces scélérats couronnés, que le sang d'un million, de deux millions d'hommes, dont le pire valait mieux qu'eux tous, a été versé sur presque tous les points du continent et par delà les mers. C'est au nom, ou par l'ordre de cette vingtaine d'animaux féroces, que des provinces entières ont été dévastées, des villes populeuses changées en monceaux: de cadavres et de cendres, d'innombrables familles violées, mises à nud et réduites à la famine. Ce groupe infâme d'assassins politiques, a tenu en échec de grandes nations, et a tourné, les uns contre les autres des peuples faits pour être amis et nés pour vivre en frères. Les voilà ces bouchers d'hommes en temps de guerre, ces corrupteurs de l'espèce humaine en temps de paix. C'est du sein des cours de ces êtres immondes, que s'exhalait dans les villes et sur nos campagnes la contagion de tous les vices; exista-t-il jamais une nation ayant en même-temps un roi et des mœurs?
LE PAPE.
Il n'y avait pas de mœurs à Rome!... les cardinaux n'ont point de mœurs!...
LE SANS-CULOTTE FRANÇAIS.
Et ces ogres trouvaient des panégyristes et des soutiens! Les prêtres ne donnaient à leur Dieu que les restes de l'encens qu'ils brûlaient aux pieds du prince; «et des esclaves chargés de livrées tissues d'or, se pavanaient et se croyaient importants quand ils avaient dit: le roi mon maître...» Plus de cent millions d'hommes ont obéi à ces plats tyrans, et tremblaient en prononçant leurs noms avec un saint respect. C'était pour procurer des jouissances à ces mangeurs d'homme que le peuple, du matin au soir, et d'un bout de l'année à l'autre, travaillait, suait, s'épuisait. Races futures! pardonnerez-vous à vos bons ayeux cet excès d'avilissement, de stupidité et d'abnégation de soi-même? Nature, hâte-toi d'achever l'œuvre des sans-culottes; souffle ton haleine de feu sur ce rebut de la société, et fais rentrer pour toujours les rois dans le néant d'où ils n'auraient jamais dû sortir.
Fais-y rentrer aussi le premier d'entre nous qui désormais prononcerait le mot roi sans l'accompagner des imprécations que l'idée attachée à ce mot infâme présente naturellement à tout esprit républicain.