UN SANS-CULOTTE ROMAIN, menant le pape.
A genoux, scélérats couronnés! pour recevoir la bénédiction du saint père: car il n'y a qu'un prêtre capable d'absoudre vos forfaits dont il fut le complice et l'agent perfide. Eh! dans quelle trame odieuse, dans quelle intrigue criminelle les prêtres et leur chef n'ont-ils pas pris part, n'ont-ils pas joué un rôle? C'est ce monstre à triple couronne, qui, sous main, provoqua une croisade meurtrière contre les Français, comme jadis ses prédécesseurs en avaient conseillé une contre les Sarrazins. Après les rois, les prêtres sont ceux qui firent le plus de mal à la terre et à l'espèce humaine.
Graces, graces immortelles soient rendues au peuple Français, qui le premier, parmi les modernes, rappela le patriotisme de Brutus et démasqua la tartufferie des augures. Les Français firent rougir les Romains de l'encens qu'ils prostituaient aux pieds d'un prêtre dans le capitole, là même où l'ambitieux César fut poignardé par des mains vertueuses et républicaines.
LE PAPE.
Ah! ah! vous chargez le tableau... Citez un seul de mes prédécesseurs qui ait fait preuve d'autant de modération que moi. A leur exemple, j'aurais bien pu mettre en interdit tout le royaume de France...
LE SANS-CULOTTE FRANÇAIS l'interrompt.
Dis la république.
LE PAPE.
Eh bien, la république soit! la république.
J'aurais pu appeler sur la tête de tous les Français les vengeances du ciel; je me suis contenté de conjurer contre eux toutes les puissances de la terre. Un prêtre pouvait-il moins? Ecoutez; faites-moi grace; tout le reste de ma vie je prierai Dieu pour les sans-culottes.